Les retraites silencieuses ont un petit succès à Koh Samui, surtout depuis que les centres internationaux de Chiang Mai sont parfois complets. Plusieurs temples de l’île accueillent de courts séjours, ouverts aux étrangers, souvent autour d’une pratique de méditation vipassana ou samatha. J’y ai passé trois jours fin mars. Voici ce que j’en ramène, sans fioritures.
Avant d’arriver
La réservation se fait par courriel, parfois par téléphone, toujours quelques semaines à l’avance. Le temple demande trois choses : une copie du passeport, une description succincte des motivations, et l’engagement à respecter les règles de la retraite. On reçoit en retour un document explicatif d’une dizaine de pages, à lire avant d’arriver.
Les règles changent peu d’un wat à l’autre. On y retrouve :
- silence total, ou presque, sauf pour les entretiens avec l’enseignant ;
- pas de téléphone, pas de livre, pas de carnet personnel ;
- deux repas par jour, le dernier avant midi ;
- tenue blanche, à apporter ou à louer sur place ;
- participation à l’entretien des lieux, souvent le balayage du matin.
Le coût est libre. Les retraites n’ont pas de tarif fixe, mais une enveloppe de donation en fin de séjour est d’usage. Les habitués parlent d’un ordre de grandeur de mille à deux mille bahts pour trois jours, selon les moyens de chacun.
Le déroulé d’une journée type
La journée commence tôt, parfois avant l’aube. Voici l’emploi du temps, à une demi-heure près :
- Quatre heures trente : réveil au gong.
- Cinq heures : première méditation assise, quarante-cinq minutes.
- Six heures : méditation marchée, quarante-cinq minutes.
- Six heures quarante-cinq : petit déjeuner, un bol de riz et un peu de soupe.
- Sept heures trente : travail d’entretien, une heure.
- Huit heures trente : enseignement, suivi de méditation.
- Onze heures : repas principal, partagé en silence.
- Douze heures trente : repos.
- Quatorze heures à dix-neuf heures : alternance de périodes assises et marchées.
- Dix-neuf heures trente : rassemblement du soir, chants, brève instruction.
- Vingt et une heures : extinction.
Certains temples imposent moins d’heures assises, d’autres davantage. Le point commun est le rythme régulier, qui installe peu à peu une forme de fatigue saine.
Ce qui surprend
La première journée a été plus difficile que prévu. Le silence ne pose pas de problème tout de suite : c’est plutôt l’absence de distraction qui déstabilise. Sans téléphone ni carnet, on se retrouve seul avec ses pensées, et elles ne sont pas toujours accueillantes. Les enseignants l’annoncent et proposent des outils pour ne pas se laisser submerger.
Le deuxième jour, quelque chose se pose. Les repas prennent une saveur nouvelle, parce qu’on les mange lentement. Le chant des grillons, au crépuscule, devient une présence très forte. On entend son propre rythme cardiaque, sans que cela soit inquiétant.
Le troisième jour, on hésite à partir. On parle à nouveau dans la voiture, et la voix semble bizarre, un peu trop forte.
Quelques conseils pratiques
- Éviter les très courts séjours d’une seule nuit, ils ne laissent pas le temps de s’installer.
- Prévoir un châle ou un pull léger : les salles sont climatisées, parfois trop.
- Ne pas essayer de tout comprendre : les enseignements se répètent sous différents angles, cela fait partie de la méthode.
- Ne pas juger ses pensées errantes, surtout les premiers jours.
- Prévenir ses proches à l’avance : pas de messages, pas de nouvelles pendant la durée.
Ces retraites ne sont pas pour tout le monde. Elles ne conviennent pas quand on traverse un épisode difficile non accompagné. Un bon enseignant sait, du reste, refuser un candidat qu’il juge insuffisamment préparé. Ce n’est pas de l’arbitraire : c’est une prudence.
On revient d’une retraite ni guéri, ni transformé. Simplement un peu plus attentif. Pour peu qu’on prolonge par une pratique à la maison, l’effet tient quelques semaines. C’est déjà beaucoup.