L’hippocampe a donné son nom à ce carnet. Il nous fallait bien un article pour expliquer pourquoi, et pour raconter ce qu’on a appris sur lui, après quelques années de plongée et de discussions avec les guides locaux.
Quelques faits utiles avant d’entrer dans l’eau
Autour de Koh Samui, deux espèces se laissent observer avec un peu de patience : l’hippocampe épineux (Hippocampus histrix) et l’hippocampe à ventre poilu (Hippocampus kuda). Le premier, plus petit, se cache dans les coraux mous. Le second, plus large, fréquente les herbiers et les zones mixtes.
Les hippocampes sont des mauvais nageurs. Ils s’accrochent avec leur queue préhensile à une tige de corail, à une éponge, parfois à un filet oublié. Leur couleur s’ajuste à leur environnement, ce qui les rend très difficiles à repérer sans aide. Un bon guide local, ça se voit aux mains : il pointe du doigt, sans jamais toucher.
Les sites où l’on a vu le plus d’individus
Trois zones reviennent régulièrement dans les carnets des plongeurs :
- Hin Yippon, un récif mixte au sud de Samui, connu pour ses hippocampes à ventre poilu accrochés à des gorgones.
- Koh Tan, une petite île au large de Taling Ngam, avec des herbiers peu profonds accessibles en palmes et masque.
- Sail Rock, au nord-ouest de Phangan, le site le plus spectaculaire, où les hippocampes partagent les eaux avec des bancs de barracudas.
Certains clubs organisent des sorties spécifiques, mais la plupart du temps, on les croise au fil d’une plongée classique, à condition de regarder doucement et de ne pas s’agiter.
Les gestes qui comptent, et ceux qui font mal
Les hippocampes sont stressés par les présences mal ajustées. Quelques règles simples, partagées par les clubs sérieux de l’île :
- ne jamais les toucher, ni leur support d’accrochage ;
- couper la lampe frontale dès que l’animal est identifié, surtout la nuit ;
- limiter la durée d’observation à trois ou quatre minutes par individu ;
- ne jamais photographier au flash, leurs yeux sont très sensibles.
Les excès des années deux mille ont coûté cher à certaines populations. La manipulation d’hippocampes, par exemple pour les faire nager devant l’objectif, est devenue interdite et sanctionnée. Les clubs qui proposent encore ce type de pratique sont boycottés par la plupart des dive masters que nous connaissons sur place.
Pourquoi leur présence rassure
Les hippocampes ne vivent que dans des eaux relativement propres. Leur disparition d’un site signale souvent un déséquilibre. Leur retour, au contraire, est un bon signe pour la santé globale du récif. À Samui, plusieurs initiatives de restauration corallienne, portées par des clubs locaux avec des scientifiques de Prince of Songkla University, s’appuient sur le suivi des populations d’hippocampes pour mesurer leurs résultats.
On ne fait pas grand cas de ces créatures dans l’économie touristique de l’île, parce qu’elles ne sont pas spectaculaires au premier regard. Pourtant, elles disent beaucoup du lieu. Les observer lentement, c’est aussi apprendre à regarder le récif comme un tissu complet, avec ses liens invisibles.